C’est dans la surprise totale que nous avons tous apprise le décès de Joachim Diatta.
Autant, je regardais l’homme, autant je n’ai jamais pensé qu’un jour, il mourra, comme les autres !
Je n’oublierai jamais le coup de fil qui m’annonça cette désespérante nouvelle.
En songe, la veille de sa mort, Mame Mor me dit : « Diam, tous les certificats et cachets sont fermés dans les tiroirs ; d’ailleurs dans ce bureau aujourd’hui, tout est sens dessus, sens dessous…désordre total. »
Notre dernier entretien remontant au jeudi 10 septembre 2009 était relatif à un projet d’étude portant sur l’écotoxicologie des cymbiums ; c’est que l’homme avait un goût insatiable à la recherche.
Joe, comme nous l’appelions affectivement forçait l’estime ; tout en lui était objet d’imitation : son élégance (toujours correctement habillé), sa patience (il écoutait attentivement chaque avis et étudiait, toutes les propositions même les plus absurdes), son éloquence (il avait le don de trouver les termes justes, ce qui impliquait aussi la précision et la netteté de son style), son respect scrupuleux des bonnes manières (il remerciait toujours trop pour peu de choses.) à tout ceci s’ajoutent, la densité de sa réflexion et la pertinence de ses idées. Des participants d’une rencontre de coordination tenue en décembre 2008 sur le plan ORBUS m’en ont administré la preuve.
Cartésien devant l’éternel, l’ordre, la rigueur et la méthode caractérisaient ce jeune ingénieur halieute. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un regard sur l’actuelle gestion de courrier ’Arrivée/Départ’ à la DIC ; sur le classement des dossiers d’entreprises, sur la netteté des correspondances adressées par la DIC aux industries (correspondances toujours soumises à son attention et auxquelles il apportait chaque fois des correctifs, fût-il pour le milli-métrage des marges) ; bref, toute chose qui rappelle le B.O.M. d’antan (Bureau Organisation et Méthode, si cher à Léopold Sédar Senghor).
En 2004, après le passage de la mission européenne, l’agrément national était sur le point d’être retiré, l’autorité compétente était discréditée, ses prérogatives réduites, l’industrie halieutique dans sa quasi-totalité en difficultés. Face à ce tableau sombre, l’Etat entreprit des changements radicaux. C’est à la faveur de ces dits changements, mieux, réaménagements, que le jeune Rennais, diplôme d’ingénieur halieute en poche fut porté à la tête de la D.I.C. (Division des Inspections et du Contrôle). ’The right man in the right place, L’homme de la situation ou le capitaine courageux m’a-t-on souvent fait entendre pour rendre compte de la même réalité. Il prit en tout cas les commandes du navire en détresse, maintenant tantôt la barre à bâbord, tantôt à tribord mais gardant toujours le bon cap.
Le premier défi qu’il releva fort heureusement fut, la définition et l’organisation claires des trois types d’inspection ainsi que leur formalisation, l’application pratique de la distinction sémiologique opérée entre Bureau des Agréments, Bureau de Contrôle des Produits Halieutiques et Bureau des Statistiques.
Le second, non le deuxième, fut celui de la communication. Joe ne manquait jamais l’occasion de placer tous les industriels et responsables de qualité au même niveau d’information et à la même période. C’est sous son règne que les correspondances ont été plus nombreuses et plus qualitatives et les rapports plus sains.
Il savait encadrer, accompagner et conseiller les entreprises quand il le fallait, mais sévir à l’inverse quand le besoin s’imposait. Autant dire que le Rennais était toujours comme il me le disait la dernière fois, le 07 février 2009 à Joal : « en équidistance entre le normatif, l’économique et le social. » Nous le regrettons aujourd’hui parce qu’il aimait ce qu’il faisait et cherchait toujours de nouvelles initiatives. Durant ses derniers jours, à ma connaissance, ce sont les réflexions sur les questions de l’Amont de la filière et de l’éco-toxicologie des cymbium qui le préoccupaient le plus (pour ce dernier point, il avait même esquissé un plan d’échantillonnage.)
Ainsi, au lendemain de sa nomination, précisément le 21 septembre 2009, comme Directeur vers 5H30mns du matin me mettais-je à parloter : « In Somnis Ecce antes Oculos Maestisimus Visus Pesca Mihi » (Voilà qu’en rêve m’apparaît le grand maître qui va révolutionner la pêche au Sénégal et même en Afrique)
Aujourd’hui, tout cet espoir est brisé, le baobab est tombé avec ses fruits, un long et riche itinéraire désormais clos, une fulgurante ascension vite anéantie, une vie courte, une œuvre colossale... Le jeune Rennais est parti, l’utile est mort…Joe n’est plus. Ad vitam aerternum.
Ernest Gérard DIAM
ELIM PECHE – Joal Fadiouth
Mis en ligne le 03 janvier 2010 |